Il est parti. Elle boit. Seule, abandonnée, dévastée, face à son miroir. Surgit l’autre femme, la meilleure copine. L’ivresse les réunit et les emporte dans une bacchanale lyrique et débridée ou se mêlent chants, rires, pleurs, révoltes, délires éthyliques, où l’on refait le monde, l’amour, les hommes, les femmes, l’univers…

Mise en scène

« Le rire masque souvent des sentiments plus graves, plus profonds, de même que les situations les plus dramatiques comportent des éléments quelquefois irrésistibles, qui évacuent brièvement la tension, permettant aussi de la relancer et de la porter plus loin »

L’auteur

Cette phrase s’applique tout particulièrement à Opéra bu, où deux femmes entament leur « deuil affectif », après le départ et face à l’absence de l’aimé.

Quelle chance alors pour le metteur en scène de rencontrer deux femmes, deux comédiennes chanteuses, Marie-Claire Davy et Anne Raphaël qui sont aussi des clowns. Et quels clowns ! Tous les comédiens ne sont pas naturellement des clowns, les comédiennes peut-être moins encore. Mais cette fois, quel régal !

La Noire, l’abandonnée, qui s’enivre devant sa glace, et la Rouge, venue la réconforter, boire, chanter, pleurer et faire la fête avec elle, n’ont plus qu’à suivre le texte, se laisser aller, jouer ensemble et nous embarquer jusqu’aux larmes… de rire ou d’émotion.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, ce naturel, cette évidence, cette force, cette violence, cette complicité, cette tendresse, cette fragilité, ce désarroi et jusqu’à ce rire qui nous emporte pour tout mélanger, repose d’abord sur une mécanique de précision patiemment et minutieusement élaborée et sur le plaisir d’avoir eu à travailler ensemble.

Luc Cendrier