Le couple face à lui-même. Vivre d’amour et d’eau fraîche, ils ont essayé et ce n’est pas facile, surtout quand il n'y a pas d’échappatoire. Joutes oratoires et physiques, on s’asticote, on se rabiboche, autour d’une table non servie. C’est drôle, cruel et tendre, voire troublant quand au détour d’une réplique, c’est soi-même que l’on reconnaît.

Mise en scène

D’abord le texte. Des phrases courtes, rythmées, réduites jusqu’à l’onomatopée. Un homme-volcan qu’il serait imprudent de croire éteint. Une femme-flamme qui vacille au vent, puis vous brûle de plus belle… Ça crépite, ça balance, c’est rock’n roll, tendre, cruel… drôle surtout. Si le propre des grandes écritures est de nous parler de nous, au plus intime et au plus vrai, alors Si bleu, si calme est une immense pièce.

Ensuite on réunit une actrice flamboyante et un comédien puissant et raffiné. On les loge dans un décor où tout doit jouer, devenir enjeu, où chaque accessoire sera essentiel : table, chaises, couverts, sel, tabouret… Et puisqu’ils ne peuvent s’échapper, rien d’autre – Elle n’a que Lui, et réciproquement. Rien non plus de l’extérieur. Quand on ouvre une fenêtre, il n’y a que la pluie – à moins que ce ne soit le frigo qui dégivre…

On fait mijoter, on assaisonne de commedia dell’arte le fond de réalisme tragi-comique et on obtient un couple tout entier en à peine onze tableaux. À voir ces deux-là se chamailler d’amour, je ne serais pas surpris que vous vous demandiez quand (et de quel droit) ils sont venus espionner votre vie…

Noé Cendrier